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Cotesia congregata pour assurer sa descendance, une guêpe s'associe à un parasite viral |
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Cotesia
congregata |
La guêpe Cotesia
congregata doit, pour se perpétuer, pondre ses oeufs dans la chenille
du sphinx du tabac (Manduca sexta). La chenille sert alors de
garde-manger aux larves de la guêpe et en meurt lorsque celles-ci,
ayant atteint un stade de maturité suffisant, s'expulsent du corps
exsangue de leur hôte et continuent leur transformation à l'extérieur,
se métamorphosant en pupes puis en adultes volants.
Plus de la moitié des hyménoptères se perpétuent ainsi. Bien entendu,
l'insecte hôte ne se laisse pas faire. Son principal mécanisme de
défense consiste à entourer l'oeuf du parasite d'une sorte de capsule
de cellules qui libèrent des substances toxiques pour détruire le
corps étranger. Depuis l'adoption d'un mode de vie parasitaire par les
hyménoptères au jurassique, l'espèce hôte a constamment évolué car les
gènes lui permettant d'échapper au parasitisme ont été favorisés. En
réponse, de nouveaux moyens d'éviter les défenses immunitaires de la
chenille ont, à leur tour, été sélectionnés chez l'hyménoptère.
Les deux organismes ont ainsi évolué en parallèle de manière à ce que le
parasite trouve toujours de quoi manger. Ainsi, un virus permet à la
guêpe de manipuler la physiologie de la chenille pour que ses larves
puissent se développer.
Des particules virales ayant la forme de baguettes cylindriques
incluses dans une matrice protéique sont en effet introduites en même
temps que les oeufs du parasite lors de la ponte dans le corps de la
chenille. Là, les gènes du virus s'expriment entraînant des
modifications dans la physiologie de l'hôte.
Ces modifications induites peuvent différer selon les systèmes
biologiques mais elles sont toujours avantageuses pour le
parasite. Elles se divisent en deux catégories: l'inactivation des
mécanismes de défense de l'hôte et la perturbation de son
développement. Généralement, la chenille parasitée n'effectue pas sa
métamorphose et reste bloquée dans un stade prépupal, ce qui permet au
parasite d'achever son propre développement.
Pour comprendre le rôle de ces virus, plus précisément des
polydnavirus, dans la réussite parasitaire des guêpes, il est
important de connaître non seulement les protéines exprimées dans
l'hôte mais aussi la manière dont leur production est contrôlée par la
guêpe ainsi que leur véritable nature.
C'est à cela que s'emploie l'équipe de génétique de l'IRBI (Institut
de Recherche sur la Biologie de l'Insecte). Un des enjeux, à terme,
serait de réussir à mettre au point de nouvelles méthodes de contrôle
d'insectes nuisibles grâce à une meilleure connaissance des bases
moléculaires de ces mécanismes de contournement des défenses de
l'hôte. Les résultats publiés dans Science (8 octobre 2004 ;
306:286-289) permettent de lever en grande partie le voile sur les
zones d'ombre qui persistaient concernant l'organisation du génome
viral, son origine évolutive et ses particularités.
Première surprise, la séquence complète de l'ADN (environ 568 000
paires de bases) de la particule virale introduite dans la chenille
révèle une organisation complexe qui ressemble plus à une région
génomique d'eucaryote qu'à celle d'un virus. Contrairement à celui
d'autres virus connus, l'ADN du polydnavirus est très dense en gènes ;
il comprend au total 156 régions codantes, dont 42 % n'ont pas
d'homologie avec des gènes déjà décrits. De plus,ce génome ne contient
aucun ensemble de gènes que l'on puisse relier à une famille virale
connue, ni de gène similaire à un gène capital de virus.
Autre caractéristique singulière, l'abondance des familles de gènes:
66 gènes sont organisés en 9 familles. Autre fait intéressant, les
protéines produites à partir de 4 de ces familles de gènes contiennent
des domaines précédemment décrits dans des toxines utilisées par des
bactéries pathogènes (Pseudomonas, Yersinia, Salmonella,...) ou des
vers parasites, autrement dit par des bactéries et des eucaryotes.
L'hypothèse serait que ces gènes de virulence pourraient avoir été
sortis du génome de la guêpe au cours de l'évolution des lignées. Ces
polydnavirus ne descendraient donc pas d'un grand génome de virus:
ils auraient été construits à partir du génome de la guêpe grâce à un
système de production d'ADN circulaire - car le génome présent dans
les particules produites dans l'ovaire de la guêpe est constitué de 30
cercles d'ADN.
En revanche, les protéines de chacune des capsides contenant ce génome
seraient d'origine virale, probablement acquises au cours d'une
infection. Les gènes impliqués dans la réplication de ce virus
originel n'ont probablement pas été transférés dans le génome de la
guêpe.
"La nature", estime Jean-Michel Drezen, chargé de recherche au CNRS, "a
ici développé une technique de transfert de gènes qui fait songer aux
approches médicales actuellement entreprises pour fabriquer des
pseudovirus utilisés pour véhiculer des gènes à visée thérapeutique et
leur permettre de s'exprimer."
| L'étude des bases moléculaires des intéractions hôte-parasite
chez l'insecte pourrait conduire à l'identification de nouveaux
insecticides naturels et à la mise au point de produits sans danger
pour l'environnement, mais aussi à celle de technologies innovantes
pour le contrôle des insectes. Les molécules produites par des
parasites et/ou des virus associés, et toxiques pour l'hôte, devraient
se révéler plus sélectives du fait de la spécificité considérable des
mécanismes de régulation de l'hôte par le parasite. |
Les articles sur le sujet
- Drezen JM, Provost B, Espagne E, Cattolico L, Dupuy C, Poirie
M, Periquet G, Huguet E. Polydnavirus genome: integrated vs. free
virus. J Insect Physiol. 2003
May;49(5):407-17
- Espagne E, Dupuy C, Huguet E, Cattolico L, Provost B,
Martins N, Poirie M, Periquet G, Drezen JM. Genome sequence of a
polydnavirus: insights into symbiotic virus
evolution. Science. 2004 October;306:286-289
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