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Bien connue
des collégiens comme modèle d’organisme unicellulaire, la paramécie
(Paramecium tetraurelia) est une cellule eucaryote de grande
taille (120 micromètres), recouverte de cils vibratiles, qui
appartient au phylum des ciliés (Ciliophora). Les ciliés sont
apparentés, au sein du clade des alvéolés, avec le groupe des
apicomplexa, unicellulaires parasites parmi lesquels on trouve
Plasmodium falciparum, principal agent du paludisme. La
paramécie est un organisme à la fois unicellulaire et complexe ; elle
constitue par conséquent un excellent modèle pour l’étude, par une
approche génétique, de nombreuses fonctions différenciées présentes
chez les organismes multicellulaires mais absentes chez des eucaryotes
unicellulaires plus simples comme la levure.
Les ciliés présentent la particularité fascinante de séparer les
lignées germinale et somatique à l’intérieur d’un cytoplasme
unique. Ces cellules possèdent en effet deux noyaux. Un noyau germinal
(le micronoyau) assure la transmission de l’information génétique à
travers les processus sexuels, tandis qu’un noyau somatique (le
macronoyau) assure l’expression de cette information. A chaque
génération sexuelle, un nouveau noyau somatique est produit par des
réarrangements programmés de tout le génome contenu dans le noyau
germinal.
Plus de 50 ans de génétique classique ont permis d’accumuler près de 200 mutants mendéliens de paramécie affectés dans des processus cellulaires très divers (morphogenèse, sécrétion régulée, cycle cellulaire, variation antigénique, détermination et expression du type sexuel, réarrangements du génome). En effet, la paramécie se prête admirablement à l’analyse génétique en raison de ses deux modes de reproduction sexuée, l’autogamie et la conjugaison. L’autogamie est un processus d’autofécondation qui rend le génome zygotique entièrement homozygote en une génération. Les souches stockées sont ainsi manipulables comme des haplo&iauml;des. La conjugaison est un processus de fécondation réciproque aboutissant à la formation de noyaux zygotiques identiques dans les deux partenaires, ce qui permet d’identifier très facilement les caractères à hérédité mendélienne et de les distinguer des caractères à hérédité maternelle. Les gènes identifiés par mutation peuvent être clonés par complémentation fonctionnelle.
L’extinction génique, provoquée par l’introduction de transgènes, fournit un outil puissant pour l’analyse fonctionnelle des gènes. Toutefois, l’outil idéal est l’interférence ARN, obtenue avec une remarquable efficacité chez la paramécie par ingestion de bactéries produisant de l’ARN double brin. Cette méthode de « feeding », originalement développée chez le nématode Caenorhabditis elegans, permet d’envisager une analyse fonctionnelle à grande échelle des ORFs identifiées.
Les noyaux de la paramécie, micronoyau et macronoyau, sont différents
tant par leur structure que par leur fonction. Le micronoyau (présent
en deux exemplaires chez l’espèce P. tetraurelia) est
diplo&iauml;de, représente la lignée germinale et est totalement silencieux
pour la transcription. C’est lui qui subit la méiose et la fécondation
lors des événements sexuels (conjugaison entre cellules compétentes,
autogamie au sein d’une même cellule).
Le macronoyau, hautement polyplo&iauml;de (environ 1000 n), représente la
lignée somatique et est le siège de la transcription. Le macronoyau
comme le micronoyau dérivent de copies du noyau zygotique. Le
développement programmé du macronoyau comprend une amplification de
l’ADN par un facteur d’environ 250, l’élimination précise de courtes
séquences internes appelées IES et l’élimination imprécise de régions
riches en transposons et en séquences répétées, vraisemblablement
hétérochromatiques, ce qui aboutit à la fragmentation des
chromosomes. Les extrémités ainsi créées sont réparées par ajout de
télomères.
| Micronoyau | Macronoyau | |
| Ploïdie | 2 n | 1000 n |
| Taille du génome | 100 à 120 mégabases | 80 à 90% de la complexité micronucléaire |
| Nombre de chromosomes | 50 | 350 |
| Taille des chromosomes | 2 mégabases | 300 (50 à 1000) kilobases |
La grande majorité de l’hétérochromatine est éliminée lors du développement du macronoyau ; celui-ci est donc essentiellement euchromatique et dépourvu de séquences répétées et de microsatellites. Ceci représente un avantage certain pour un premier projet de séquençage du génome, parce que la présence de séquences répétées constitue une difficulté technique, notamment lors de l’étape d’assemblage du génome.
Grâce notamment à cette élimination des séquences répétées, le génome macronucléaire de la paramécie est très « compact » : on estime que sa fraction codante est supérieure à 70% (dans le génome humain, elle est de l’ordre de 1% !). Les introns sont uniformément petits (de 18 à 35 bases) et les régions intergéniques, généralement inférieures à 50 100 bases, peuvent n’être longues que de quelques bases (minimum de 9 bases observé jusqu’à présent). Cette remarquable compacité fait du macronoyau un matériel de choix pour l’inventaire des gènes de la paramécie.
Cet inventaire bénéficiera sans doute aussi du projet de séquençage du génome de Tetrahymena thermophila, un autre cilié évolutivement distant de plus de 100 millions d’années de la paramécie, et sur lequel travaille également une vaste communauté de chercheurs.
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