Botrytis
cinerea (forme imparfaite du téléomorphe Botryotinia
fuckeliana) est un des principaux champignons pathogènes de la
vigne, responsable de pertes importantes pour la viticulture française
et européenne.
B. cinerea est un champignon haploïde Euascomycète,
de la classe des Leotiomycètes, dont le génome a une taille
de 30 Mb. C'est une espèce modèle pour l'étude du processus infectieux
des champignons phytopathogènes. En effet, ce champignon provoque des
infections caractérisées par la destruction rapide des tissus de sa
plante hôte au fur et à mesure de sa colonisation (nécrotrophie).
Interêt du séquençage du génome de Botrytis cinerea
Le projet de séquençage du génome du champignon B. cinerea
s'inscrit dans le cadre d'une analyse moléculaire de l'écosystème
"vigne et ses pathogènes" incluant le phytoplasme Stolbur. La
caractérisation des génomes de la vigne et ses principaux agents
pathogènes (B. cinerea, Stolbur) offre l'opportunité
d'étudier les mécanismes impliqués dans les interactions entre la
vigne et ses pathogènes ainsi que dans la dynamique de ces pathogènes
dans l'écosystème "vigne".
Les séquences génomiques permettront de réaliser des puces à ADN de
la plante hôte et de ses pathogènes qui seront utilisées pour
identifier les gènes induits ou réprimés lors d'une infection. La
validation de ces analyses transcriptionnelles sera facilitée par le
développement d'outils de génomique fonctionnelle chez chaque
organisme. L'analyse moléculaire des deux partenaires d'une
interaction plante pathogène est nécessaire pour mieux comprendre ces
maladies et proposer de nouvelles méthodes de lutte.
Importance économique de Botrytis cinerea
 Pourriture grise de la vigne due à B. cinerea (Photo Anne-Sophie
Walker © INRA) |
Les champignons filamenteux sont les principaux agents pathogènes des
plantes et les dommages provoqués par ces microbes sont responsables
d'environ 20% des pertes des récoltes mondiales. B. cinerea
est l'agent responsable de la pourriture grise de la vigne et
de maladies de plusieurs centaines de plantes hôtes. Les pertes
provoquées par ce champignon correspondent à 20% des récoltes
mondiales des cultures concernées et leur coût est estimé à 10-100
milliards d'euros par an.
Les pertes estimées pour la vigne en France correspondent à 15-40% des
récoltes selon les conditions climatiques. Ces pertes sont estimées à
20-25% des récoltes de fraises en Espagne et à 20% des fleurs
coupées aux Pays-Bas.
La lutte contre les maladies fongiques provoquées par
B. cinerea nécessite l'emploi de fongicides, la modification
des pratiques culturales et le développement de cultivars résistants
ou tolérants. Ainsi, les traitements fongicides contre
B. cinerea ont coûté environ 540 millions d'euros pour
l'année 2001, ce qui représente 10% du marché mondial des fongicides
(rapport annuel UIPP, 2002). Par ailleurs, l'importance des
traitements fongicides contre ce champignon provoque l'apparition de
souches résistantes, nécessitant le développement de nouvelles
molécules (Leroux et al., 2002 Pest Manag. Sci. 58 : 876).
Les dégâts provoqués par la pourriture grise ont un impact économique
désastreux sur de nombreuses cultures, notamment le vignoble
français. Il existe cependant des conditions climatiques particulières
dans lesquelles B. cinerea provoque des symptômes de
pourriture noble qui permettent l'élaboration de vins liquoreux à
haute valeur ajoutée tel que le Sauternes.
Intérêt phylogénétique de Botrytis cinerea
De par son caractère polyphage et nécrotrophe, B. cinerea est
un bon modèle d'étude des processus infectieux fongiques. Ce
champignon s'attaque préférentiellement aux fruits (raisin, fraise,
tomate) et aux fleurs sur lesquels il provoque une pourriture
grise. Il est aussi capable d'attaquer les tiges, les feuilles et les
semences. Ainsi, il a été montré au laboratoire qu'un même isolat est
capable d'attaquer des plantes hôtes très différentes (haricot, vigne,
tomate, arabette, rose) et des organes très variés de la même plante
(fruits, feuilles, pétales).
B. cinerea provoque des infections caractérisées par la
destruction rapide (macération, nécrose) des tissus de sa plante hôte
au fur et à mesure de sa colonisation
(nécrotrophie). B. cinerea est donc un excellent modèle pour
étudier ce type de processus infectieux caractéristique de nombreuses
maladies fongiques des plantes. Ce champignon met en oeuvre une
panoplie importante de facteurs de pathogénie (enzymes lytiques,
formes activées de l'oxygène, toxines, hormones végétales) pour
attaquer ses plantes hôtes, dont la vigne. L'accès à son génome
devrait permettre l'identification des gènes et des fonctions
impliquées dans ce type de processus infectieux.
Intérêt de Botrytis cinerea comme modèle génétique et moléculaire
La majorité des espèces fongiques pathogènes des plantes sont des
Ascomycètes appartenant à trois classes, les
Sordariomycètes, les Loculoascomycètes et les
Leotiomycètes.
Le groupe des Sordariomycètes comporte des espèces modèles
non pathogènes comme Neurospora crassa et Posdospora
anserina pour lesquels des recherches fondamentales sont menées
sur des processus biologiques essentiels, et des espèces pathogènes
des plantes comme Magnaporthe grisea et Fusarium
graminearum.
Les génomes de N. crassa, M. grisea et
F. graminearum ont été séquencés (NSF-Broad Institute, USA),
ainsi que celui de P. anserina (Genoscope). Pour les
Leotiomycètes et les Loculoascomycètes, il n'existe
pas de séquences accessibles à la communauté scientifique. Un projet
de séquençage du champignon phytopathogène Sclerotinia
sclerotiorum appartenant à la classe des Leotiomycètes a
été initié dans le cadre d'un appel d'offre NSF-Broad Institute en
2004. Ce champignon, bien que proche taxonomiquement de
B. cinerea, en diffère par de nombreux caractères biologiques
et moléculaires (voir paragraphe ci-dessous). Le séquençage du génome de
B. cinerea devrait donc permettre d'obtenir une nouvelle
ressource génomique d'un champignon phytopathogène représentant des
Leotiomycètes.
Intérêt de Botrytis cinerea comme modèle génétique et moléculaire
B. cinerea est un Eucaryote qui se prête à un séquençage
complet de par la nature haploïde de son génome et de par sa relative
petite taille (30 Mb). Par comparaison avec les génomes des
Ascomycètes séquencés, on peut estimer que ce champignon
possède environ 10 000 à 12 000 gènes. Ils sont répartis sur
une dizaine de chromosomes. Par ailleurs, bien que la biologie
moléculaire sur B. cinerea ne se soit développée que depuis
une dizaine d'années, tous les outils de génétique classique et
moléculaire (croisements, transformation, recombinaison homologue et
remplacement de gènes, mutagenèse insertionnelle et collections de
mutants, EST, macroarrays, banques génomique et d'expression) sont
déjà à notre disposition pour mener des études de génomique
fonctionnelle.
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